YOCHK'O
YOCHK'O 

Acte Créatif

Sculptures sonores

 

Texte de Jean Jacques Leca

(2014)

Les relations entre musique et peinture, où musique et sculpture font depuis très longtemps l’objet de nombreux travaux, de maintes théories. Hélas, au moment où ces lignes sont écrites (2014), au lieu de proposer au public une véritable grille de lecture de ces liens étroits, les expositions mettant en regard ces différents genres artistiques le font avec plus ou moins de bonheur et une logique parfois un peu “tirée par les cheveux”. Elles sont même devenues un gage de modernité de la pensée, une garantie d’être “à la page”. Fort heureusement, Yochk’o Seffer, lui, ne se soucie pas des modes. Il compose, joue, peint et sculpte dans l’urgence, dans la vie, parce que ces différents gestes artistiques lui sont vitaux.

Musique, peinture et sculpture peuvent s’enrichir à différents niveaux : simple illustration réciproque, un tableau représentant des musiciens, une page musicale illustrant un tableau ; emprunts croisés de techniques de construction, Debussy et son impressionnisme musical ou Kandinsky et ses œuvres agencées en variations sur un thème, reprises en canon, rythme croissants et décroissants ; correspondances entre matériaux de base, lien entre couleurs et notes chez de grands synesthètes comme Messiaen ; cohabitation au niveau de la représentation au public, comme lors d’expositions citées plus haut ou des spectacles d’art total dont les années 60 et 70 étaient friandes. 

 

Il peut y avoir de tout cela chez Yochk’o Seffer, mais ce n’est pas l’essentiel. Chez cet artiste singulier, la relation entre création musicale, picturale ou plastique se situe au niveau de la pensée, de l’intention, au plus profond de l’être. Il faut le voir travailler le matériau musical comme pétrirait de la glaise, zébrer de notes ses partitions comme il ferait jaillir sur un tableau une figure d’un trait aiguisé pour comprendre pleinement que l’acte créatif est chez Yochk’o une ardente nécessité. Acte créatif, acte de transformation voire de destruction et de reconstruction permanente car Yochk’o n’a de cesse de remettre en question ses propres constructions, parfois au cours de même geste.

Il aime partir d’une structure reconnaissable pour la faire plonger dans l’abstraction pure à force de “tortures”. Et si quelque forme connue réapparaît comme par accident, elle se retrouve recouverte, quadrillée, retournée, modifiée, distordue à en perdre son sens ou à n’en garder que la quintessence quand ce n’est pas seulement sa part d’invisible et d’esprit qui survit au prisme déformant sefferien.

Yochk’o aime la second Ecole de Vienne et cela se voit : il y a du Webern dans l’abstraction expressive de ses œuvres, mais ces dernières n’ont pas oublié non plus le lyrisme de Berg et la grandeur de Schonberg.

Quel que soit le sens sollicité lors du parcours de ses œuvres, on est saisi à la fois par leur rudesse et leur complexité, un peu comme si on réussissait à faire de la dentelle avec des blocs cyclopéens (les six pièces pour orchestre opus 6 de Webern, toujours lui...). L’art de Yochk’o Seffer dérange, gratte et peut aller jusqu’à faire mal mais derrière l’apparent désordre agressif, on trouve le PLAN, à la fois structuration sans faille de la pensée et par conséquent du geste créateur et libérateur, et également trajectoire inexorable d’un être qui ne regarde jamais en arrière ni se soucie de l’impact de ses œuvres.

0490 - Mixité 1970